
L’île était prête à les accueillir. Le temps des fêtes était venu. Le sol immuable, immaculé de blanc sans une trace, laissant la neige seulement posée, et qui serait bientôt témoin des milles pas fait des nouveaux arrivants, comme des empreintes d’un hiver mémorable… L’île de Nowel rouvrait ses portes.
Le premier descendre, sans aucun doute le mois le plus attendu. Symbole de la fête, des cadeaux, de sapins ornés de boule argentées, blondes, cyans, magentas.
Hector Nowel avait embarqué les premiers volontaires et le long bateau de bois à la voile rouge et blanche amarrait sur l’île. Le temps des festivités joviales commençait. Hector Nowel s’exécutait déjà à sa tâche, et emmenait des centaines de voyageurs.
Le père Nowel, était le personnage attendu pour un discours à la place de l’île de Nowel. Des guirlandes enjolivées de hochets de gobelins fluorescents décorées la place, les glutins les plus populaires étaient présents pour animer la journée et amuser les enfants. L’île quant à elle s’apparentait à la beauté sans fin de jardins féériques, des Crocs Glands à poil blanc se roulaient déjà sur le sol et les oisillons se réchauffaient dans leurs nids éphémères du haut des cheminés fumantes des maisons qui cherchaient un peu de chaleur. Cette journée allait être merveilleuse et cette année, bercée par les chants de la troupe Mini’Nuit qui était là pour l’occasion. On pouvait voir en arrière-plan la fumée jaillissante et annonciatrice d’offrandes, c’était l’atelier déjà en marche cette année, ce qui laissait présager un nombre de cadeaux incalculable. Tout était prêt.
Le père Nowel arrivait, la foule retint son souffle quand ce dernier descendit de son traîneau tiré par huit cerfs laissant apparaître son éternel tunique rouge et blanche. Derrière lui, la mère Nowel, et enfin, leurs assistantes, la renommée Pimprenelle Pioul’bleu, sans doute appelée de la sorte pour son immortelle plume de piou bleu tenant sa chevelure grisâtre d’enutrof usée par le temps.
Il montait l’estrade et inspirait profondément pour prononcer les premiers mots de son discours sur l’ouverture de son île, les joues rosées par le froid :
[…]
Le drame eu lieu, sans qu’on eut le temps de la voir, une flèche pourpre venait transpercer le cœur du Père Nowel, son visage prêt à insuffler le bonheur se transforma pour mimer la crispation de la douleur, la vie le quitta, au même moment où commencèrent à briller tels des joyaux ses yeux … Tombé, il ne pouvait plus bouger, immobile sur le sol, comme pétrifié, son sang se glaça, il devint bleuté. Effondrée, la mère Nowel s’agenouilla pour lui venir en aide, mais en quelques minutes, il n’était plus. Le poison de la flèche se faufilait à une vitesse folle en lui jusqu’à la mort. Allongé dans la neige, laissant derrière lui une giclée de sang sur la neige marquant l’impact de la flèche dans son abdomen. Lui soulevant la tête dans un dernier moment de tristesse, elle l’entendit murmurer dans un dernier souffle … « J’ai froid… ». De ses yeux si sincères coulèrent de chaudes larmes, des larmes amoureuses, de peine venant s’écraser sur le corps froid du cadavre. On pouvait voir une femme touchée par la perte d’une passion fusionnelle, touchée par la perte d’un bout de son âme, soulevée une éreintante peine, lourde de cœur, une femme âgée, qui à présent, n’avait plus que la tristesse de la vie à venir à affronter dans la solitude totale, laissant la seule perspective d’un avenir tel le le néant d’un cœur à présent vide. L’étincelle de ses yeux avait disparue.
La foule hurlait et était prise d’une incompréhension, qui, mais qui eut avantage à assassiner le père Nowel d’une façon aussi cruelle ?
Devant un tel acte, l’île de Nowel se retrouva contrainte de fermer ses portes, laissant derrière elle ses cadeaux, ses paquets, son mythe. Hector Nowel, le visage fermé renvoya dans l’heure qui suivit tout le monde sur la terre chaude, clôtura le portail de l’île, et avec lui, tout espoir de vivre ce mois de descendre et l’assassinat si violent, public, sans cœur du désormais regretté Père Nowel.
En un peu moins d’un mois, la nouvelle avait fait le tour du monde des douze, même le mythique Dark Vlad de la forêt maléfique d’Amakna avait eu vent de cette tragédie et le monde s’émut, une minute de silence fut imposée, trois jours après, dans le monde des douzes, et les Dragonnets des Osamodas des quatre coins de la carte crachaient tous leurs flammes vers le ciel au même moment, symbole de reconnaissance et de deuil.
Une jeune eniripsa répondant au nom d’Elya, jusqu’à présent sculpteuse de baguette dans un quartier nécessiteux de Bonta, venant en aide aux plus démunis exécutait sa première expédition le premier descendre. Elle fut témoin du meurtre. Comme le reste des aventuriers, expulsée elle aussi sur la terre chaude. Elle se logea dans une bourgade de Madrestam sentant une odeur nauséabonde de marée et dont la décoration se limitait à des kralamoures empaillés sur les murs posés sur un papier peint bleu océan enduit de crasse pouilleuse et de coulures de saletés. Une fois devant sa porte de chambre dont le numéro 7 était renversé tapit dans l’ombre, une voix discrète se fit entendre :
« Mon enfant… Mon enfant… »
Prise de peur, elle sorti sa baguette prête à se défendre et lançant d’un ton assuré « Qui est là?! » et par une magie qui lui était alors inconnue, elle disparut dans un éclat de lumière blanc la laissant démunie. Sans qu’elle n’y comprenne quoi que ce soit, Elya senti quelque chose lui serrer la main et la transporter. Soudain, elle eut froid, il faisait noir, elle ne voyait plus rien et se mit à hurler de peur. Autour d’elle, le vide, le sol était froid, gelé. Elle commençait à trembler, et ses pieds glissaient, quand tout à coup, des lumières rondes dorées s’illuminèrent autour d’elle, laissant des pointes lumineuses étincelantes, flottantes. Les éclats scintillèrent tandis qu’Elya s’apaisa et fixait ces beautés, comme la lumières de la paix, laissant son esprit se dénouer de ses maux et insuffler la liberté, c’était une grande salle non meublée, sombre, avec juste comme éclairement, ces luminosités. Son souffle se calma. Devant elle, apparut lentement une silhouette et l’on entendit d’une voix distincte « Il était temps ! »
« Qui est-ce ? »
« Tu n’te souviens donc pas d’moi ? Je suis Pimprenelle, sous-nommée Pioul’bleu. »
« Oh ! Mais, où sommes-nous ?… »
« Nous sommes dans l’antre personnelle du Père Nowel, je viens y réfléchir et poser mon esprit en fixant ces lumières, étonnantes n’est-ce-pas ? »
« Plus que ça…. » Dit-elle en tendant le doigt vers l’une d’elle…
« N’y touche pas ! Ecoute-moi… » Se mit-elle à dire d’une voix accusatrice, tapant sur son doigt.
« Cet assassinat est une tragédie. Le père Nowel représentait tout ce qu’il y a de bon en ce monde, cet acte transpire la haine, les décadences d’ivresses de ce monde et sans lui, une flamme bienfaitrice s’éteint. Ce fut un homme de bon sens, une source de bonheur qui dessinait des désirs d’évasion et de fête, un torrent de liberté, une sorte de porte de sortie au monde actuel. C’est un xelor du nom d’Igust, à l’âme sombre et néfaste qui a agi. Sur le lieu du crime était retrouvé ce parchemin : « Descendre est temps de Djaul, démon mineur, serveur de Rushu, son sang a coulé en son choix. La flèche l’a transpercé telle l’annonciatrice de la guerre et de la haine, le sang coulant du long, nous vous tueront, et de cette encre ardente je brûlerai vos chaires et dans les cendres, j’embraserai vos cœurs faibles de sentiments, esclaves de vos brasiers.»
Pâle, Elya rendit le manuscrit. Pimprenelle lui fit engloutir un chocolat d’or en déclarant « Mange donc ! Tu te sentiras mieux ma fille. » Elle la laissa mâcher et reprendre ses idées puis continua « Bien avant l’ouverture de l’île, nous vous avions repérer, Elya, jeune eniripsa à l’âme pure, étincelante de charité et d’amour, sculpteuse dans un quartier pauvre à Bonta. »
Elya, surprise fixa Pimprenelle d’un air intriguée.
« Oui, je sais qui tu es, nous nous étions dit, que tu étais parfaite pour intégrer l’île de Nowel, et pourquoi pas un jour, prendre place aux devants du traineau, le Père Nowel voulait assurer sa relève. »
« Moi… ?Vous devez vous trompez ! » Dit-elle surprise. « Je ne suis qu’une modeste sculpteuse ! »
« Absolument pas ! Tu te dois de te charger de remplir la mission du Père Nowel en sa mort, il t’avait choisie, tu étais celle qu’il voulait, et je lui fais confiance, la Mère Nowel n’est pas apte à assurer cette mission. Elle s’occupe d’interroger Igust, il a était arrêté par l’armée Brakmarienne dans des terres reculées des landes de Sidimote. »
« Que dois-je faire… ? » Demanda-t-elle d’une voix hésitante.
D’un sourire en coin, elle dit doucement : « Que crois-tu que l’on fait avec le Père Nowel habituellement ? »
Dans un grand coup vent glacial s’ouvrit les deux gargantuesques portes de la salle et devant, le légendaire traineau se posa. Les huit cerfs au nez rouge étaient là. Il était magnifique, il brillait, il illuminait, un sac gigantesque complètement plein à l’arrière, sans doute remplit de cadeaux. Derrière illuminait les sapins décorés laissant apparaître les seules lumières qui éclairaient l’île, des lumières de plusieurs couleurs laissant de la place juste pour l’envie d’y courir et de s’évader. Une île vide de vie.
Pimprenelle posa alors sa main sur l’épaule d’Elya : « C’est un compte à rebours amorcé maintenant, tu ne peux plus reculer, ne t’inquiète pas, c’est une aventure extraordinaire. Il faut y aller, nous sommes le 24 descendre, le temps presse. »
Elya avançait d’un pas hésitant se demandant pourquoi avançait-elle ? Quand soudain elle s’arrêta voyant les cerfs avancer vers elle, l’un d’eux posa sa tête en dessous de sa main, en signe de reconnaissance et de respect. Elle le caressa avec douceur et réciprocité de respect. Décidée : « Allons-y ! »
« ACCELERATION ! » cria Pimprenelle d’une voix hystérique, et les cerfs se mirent à courir promptement jusqu’à s’envoler vers les toits fumants de cheminées qui, surtout en cette année néfaste, devait garder en SON nom, la magie du feu de bois de Nowel. Pimprenelle et Elya passèrent la nuit à lâcher les cadeaux dans les terres du monde des douzes sous un ciel étoilé, comme un océan bleu marine laissant les vagues d’une nuit paisible et sans fin…
Il existe… Encore…